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Le musée Picasso de Vallauris

La Guerre et la Paix, horaires
Le musée Picasso de Vallauris

, , par Riviera Guests

Sous la voûte de la chapelle romane du château de Vallauris, deux panneaux de 4,70 mètres sur 10,20 se font face : d’un côté La Guerre, de l’autre La Paix, que Picasso peignit en 1952, au milieu des sept années qu’il passa dans la ville. Inaugurée comme musée national en 1959, la chapelle partage son billet avec le musée Magnelli, installé dans le même château, tandis que L’Homme au mouton, le bronze que le peintre offrit à la ville, se dresse à quelques dizaines de mètres de là, sur la place Paul-Isnard.

Picasso a vécu à Vallauris de 1948 à 1955

Picasso découvre Vallauris à l’été 1946, pendant des vacances à Golfe-Juan, et c’est la céramique, sujet d’un autre article de ce journal, qui motiva sans doute son installation. En 1948, il emménage à la villa La Galloise avec Françoise Gilot et leur fils Claude ; l’année suivante naît Paloma, et il achète une ancienne usine à parfum, le Fournas, pour y peindre et sculpter. Il part pour Cannes en 1955, mais revient en 1961 épouser Jacqueline Roque, dans la plus grande discrétion, à la mairie qui occupait alors la place de la Libération, celle-là même du château.

La chapelle des moines de Lérins a servi de moulin à huile

Seigneurs de Vallauris depuis 1038, les moines de Lérins firent élever au XIIe siècle un castel et sa chapelle pour la résidence de leur prieur. Si le château fut reconstruit en 1568, la chapelle a gardé sa nef voûtée en berceau brisé, que ferme une abside en cul-de-four, et ses murs de moellons gris, roses et ocres. Vendue comme bien national en 1791 et jamais rendue au culte, elle servit un temps de moulin à huile avant d’être classée monument historique en 1951. Les potiers de Vallauris y offrirent cette même année un banquet pour les soixante-dix ans de Picasso, et l’office de tourisme rapporte que le peintre y forma à cette occasion le vœu d’en décorer la voûte pour faire du vieux sanctuaire un « Temple de la Paix ».

Le mur de pierre de la chapelle romane du château de Vallauris, où Picasso a installé La Guerre et la Paix
Le mur de la chapelle romane, dans la cour du château. Photo : François de Dijon (recadrée), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Picasso a peint La Guerre et la Paix à plat dans son atelier du Fournas

D’avril à septembre 1952, Picasso exécute quelque trois cents dessins préparatoires, puis il peint l’œuvre au Fournas sur des panneaux d’isorel posés à plat, un matériau assez souple pour épouser ensuite la courbe de la voûte. Avant de rejoindre la chapelle, les deux compositions sont exposées à Rome et à Milan, aux côtés de Guernica et de Massacre en Corée. Elles y sont installées en 1954, et Picasso en fait don à l’État en 1956 sans qu’elles quittent la chapelle, dont le musée national est inauguré le 19 septembre 1959. Quelques jours plus tôt, un troisième panneau peint en 1958, Les Quatre parties du monde, a pris place au fond de la chapelle : ses quatre silhouettes, image de l’entente entre les peuples, condamnent l’ancienne porte qui donnait sur la place.

La Paix répond à La Guerre d’un mur à l’autre

Sur le premier mur, un corbillard tiré par des chevaux caparaçonnés avance sous la conduite d’un être cornu au coutelas ensanglanté, et les sabots piétinent un livre que les flammes dévorent. Face à l’attelage se dresse, nu sur un fond bleu, un combattant de la paix dont le bouclier porte une colombe, sous laquelle se devine, voilé par un glacis, le visage de Françoise Gilot. Sur le mur opposé, La Paix se lit de droite à gauche : une femme allaite son enfant sous une treille, un enfant mène un cheval ailé attelé à une herse, deux femmes dansent au son de la diaule d’un faune, et le peintre s’est amusé à mettre les oiseaux dans le bocal et les poissons dans la cage.

Picasso aurait voulu laisser la chapelle dans la pénombre : « je voudrais qu’on ne l’éclaire pas, confiait-il à Claude Roy, que les visiteurs aient des bougies à la main, qu’ils se promènent le long des murs comme dans des grottes préhistoriques ». En 1998, la restauration conduite sur place a demandé la dépose des panneaux, et le mur a livré un dessin au fusain représentant une figure humaine, que les restaurateurs ont photographié avant de le recouvrir en remontant l’œuvre.

Le portail et la tour du château de Vallauris, place de la Libération
Le portail du château et sa tour, place de la Libération. Photo : Dacoucou, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L’Homme au mouton se dresse sur la place du marché depuis 1950

Modelé en 1943, L’Homme au mouton fut fondu en trois exemplaires de bronze, dont deux se trouvent à Philadelphie et au musée Picasso de Paris. Picasso offre le troisième à Vallauris en 1949, et la délibération du conseil municipal du 21 octobre rapporte son souhait « qu’une de ses œuvres vive parmi la population de Vallauris ». La statue attend dans la chapelle que l’artiste lui choisisse un emplacement. Ce sera la place du marché, rebaptisée depuis place Paul-Isnard, où près de trois mille personnes, parmi lesquelles Paul Éluard et Jean Cocteau, assistent à son inauguration le 6 août 1950, et le bronze devient ainsi la première sculpture de Picasso installée dans l’espace public, comme il le désirait. Le thème évoque le bon pasteur chrétien, ce dont Picasso se défendait : « Ce n’est pas du tout religieux, l’homme pourrait porter un porc au lieu d’un mouton ! »

Le même billet ouvre les salles Picasso du musée Magnelli

Jusqu’au 23 novembre 2026, la chapelle accueille aussi « Poétique des mondes », un projet conçu pour elle par Pascale Marthine Tayou, artiste né au Cameroun. Dans le corps du château, le musée Magnelli consacre un parcours de son rez-de-chaussée aux années vallauriennes de Picasso, et sa salle Suzanne et Georges Ramié réunit depuis 2022 seize pièces uniques que le peintre avait dédicacées à Suzanne Ramié.

Informations pratiques

Musée national Pablo Picasso, La Guerre et la Paix, château, place de la Libération, 04 93 64 71 83. Du 16 septembre au 30 juin, de 10 h à 12 h 15 et de 14 h à 17 h, billetterie jusqu’à 16 h 30 ; du 1er juillet au 15 septembre, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h. Fermé le mardi, le 1er janvier, le 1er mai, les 1er et 11 novembre et le 25 décembre.

Billet : 6 €, tarif réduit 3 €, valable aussi pour le musée Magnelli et vendu sur place, sans réservation. Gratuit jusqu’à 18 ans, pour les habitants de Vallauris Golfe-Juan et pour tous le premier dimanche du mois.

L’Homme au mouton : place Paul-Isnard, en plein air.

Visite guidée « Dans les pas de Picasso » : le jeudi de 10 h à 12 h 30, au départ de l’office de tourisme, réservation obligatoire ; 9 €, 6 € de 8 à 18 ans.

Accès : autoroute A8, sortie 44 (Antibes), puis direction Vallauris ; parkings de l’Espace Loisirs et de l’Hôtel de Ville. Bus Envibus 5, 8, 17, 19 et 20, arrêt Place de la Libération ; depuis la gare de Golfe-Juan, ligne 8.

Horaires et tarifs relevés en octobre 2026, à vérifier avant de partir.

Où dormir : le Domaine des Encourdoules et la Villa Le Port d’Attache accueillent leurs hôtes à quelques minutes du château

À trois minutes du musée en voiture, le Domaine des Encourdoules étend sur plus d’un hectare un parc de grands pins méditerranéens, et de son belvédère la vue plonge sur la mer et le Cap d’Antibes, tandis qu’en contrebas un verger et des vignes s’étagent sur des restanques. Agathe Freymann a aménagé et décoré les chambres dans une bergerie du XVIIIe siècle.

À cinq minutes, la Villa Le Port d’Attache domine Vallauris entre pinède et arbres fruitiers, avec la mer pour horizon. Gillian et Daniel, qui ont beaucoup voyagé, ont donné à chacune de leurs chambres le nom d’un vent, et le petit-déjeuner se prend sur des terrasses où murmure une fontaine provençale.

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