journal de côte d'azur

Grasse, ville du parfum

Visiter les parfumeries, le musée et les jardins du MIP
Grasse, ville du parfum

, par Riviera Guests

Grasse a appris le parfum par le cuir. Au XVe siècle, la ville vivait de ses tanneries, dont les cuirs, macérés dans le myrte, étaient réputés pour leur qualité et leur teinte verdâtre. Lorsque vint la mode des gants parfumés, les artisans grassois apprirent à couvrir l’odeur du cuir par celle des fleurs, et en 1724 les gantiers parfumeurs obtinrent des statuts propres, séparés de ceux des tanneurs. Trois siècles plus tard, plusieurs maisons de parfum ouvrent encore leurs usines au public, et depuis 2018 les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse figurent sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Le Musée International de la Parfumerie conserve plus de 55 000 objets

Ouvert en 1989 au centre de la ville, agrandi puis entièrement repensé jusqu’à sa réouverture en 2008, le Musée International de la Parfumerie s’étend sur 3 500 m² et cinq bâtiments, dont l’hôtel de Pontevès, construit en 1778. Ses collections forment la plus grande collection publique au monde consacrée au parfum, de l’Antiquité à nos jours. Le musée expose l’orgue à parfums de Jean Carles, le créateur qui dirigea la première école de parfumerie de Grasse : ses flacons ambrés s’y étagent en gradins autour de la table de composition. Dans la serre, le gingembre et le vétiver poussent devant un dispositif olfactif qui en diffuse le parfum.

L'orgue à parfums du créateur Jean Carles, exposé au Musée International de la Parfumerie
L’orgue à parfums de Jean Carles. Photo : Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Jusqu’au 3 janvier 2027, l’exposition « Parfums d’Asie » réunit des pièces prêtées par le musée Guimet et le musée Cernuschi autour des cultures olfactives de la Chine à l’Inde.

Trois parfumeries historiques ouvrent leurs usines gratuitement

Fragonard, Molinard et Galimard reçoivent les visiteurs individuels sans réservation, et la visite, gratuite, s’achève dans la boutique.

Fondée en 1926 par Eugène Fuchs, qui lui donna le nom du peintre grassois Jean-Honoré Fragonard, la maison fête en 2026 ses cent ans. Son Usine historique, boulevard Fragonard, est en plein centre : les départs s’y succèdent environ toutes les trente minutes, en cinq langues. Sa seconde usine, la Fabrique des Fleurs, s’entoure d’un jardin de plantes à parfum sur la route de Cannes.

Molinard, fondée en 1849, reçoit dans une bastide du début du XXe siècle dont la distillerie porte une charpente attribuée à Gustave Eiffel. La visite dure vingt-cinq minutes et passe devant une collection de flacons signés Lalique et Baccarat. La maison a créé en 1921 Habanita, premier parfum oriental féminin à mettre le vétiver en avant.

Galimard est la plus ancienne des trois. Jean de Galimard, seigneur de Séranon, la fonda en 1747 et fournissait la cour de Louis XV en huiles, pommades et parfums. Sa visite, d’environ une heure, a lieu dans l’usine de la route de Cannes, qui dispose d’un grand parking gratuit.

Cuves en cuivre utilisées autrefois en parfumerie, au Musée International de la Parfumerie
Cuves en cuivre au Musée International de la Parfumerie. Photo : Dennis G. Jarvis, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Un atelier de création permet de repartir avec sa propre formule

Les trois maisons proposent, sur réservation, des ateliers de création où chacun compose sa propre formule. Chez Molinard, l’atelier classique dure une heure, réunit quatre-vingt-dix essences et s’achève sur un flacon de 50 ml, pour 84 €. Au Studio des Fragrances de Galimard, qui fête ses trente ans en 2026 et revendique plus de 250 000 formules créées depuis son ouverture, la séance dure environ une heure et demie devant un orgue de 126 notes, pour 65 € par adulte et un flacon de 100 ml ; elle accueille les enfants dès 8 ans. Fragonard consacre son atelier « Apprenti parfumeur », à la Fabrique des Fleurs, à l’eau de Cologne, à partir de 12 ans.

Les Jardins du MIP cultivent les fleurs du parfum à Mouans-Sartoux

À quelques kilomètres au sud de Grasse, sur la commune de Mouans-Sartoux, les Jardins du MIP servent de conservatoire aux plantes à parfum. Roses de mai, jasmins, orangers, tubéreuses et violettes y poussent sur 2,7 hectares, à côté de champs cultivés selon les méthodes anciennes. La rose centifolia, dite rose de mai, est cultivée en Pays de Grasse depuis le XVIIe siècle et fleurit, comme son nom l’annonce, en mai, quand les jardins sont à leur plus beau. Ils ouvrent du 1er mars au 30 novembre, et le billet du musée y donne droit au demi-tarif pendant sept jours.

L'ancien canal des Jardins du Musée International de la Parfumerie, à Mouans-Sartoux
L’ancien canal des Jardins du MIP. Photo : auteur inconnu (Geneawiki), CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

Mai et août sont les mois des fêtes de fleurs

Chaque printemps, l’Expo Rose suspend des milliers d’ombrelles roses au-dessus des rues du centre et habille la Villa Fragonard de roses coupées ; la cinquante-quatrième édition s’est tenue du 8 au 10 mai 2026. Le premier week-end d’août, la Fête du Jasmin fait défiler un corso de chars fleuris d’où des milliers de fleurs fraîches sont lancées dans la foule. Les usines de parfum, elles, ouvrent toute l’année.

Rue du centre historique de Grasse sous des ombrelles roses suspendues
Ombrelles roses dans le centre historique de Grasse. Photo : Abxbay, CC0, via Wikimedia Commons

Informations pratiques

Musée International de la Parfumerie, 2 boulevard du Jeu de Ballon, Grasse. De 10 h à 18 h de septembre à juin, jusqu’à 19 h en juillet et août. Fermé le 1er mai, le 25 décembre, le 1er janvier et le premier lundi de janvier, février, mars, octobre, novembre et décembre. Entrée 6 €, gratuite pour les moins de 18 ans et le premier dimanche du mois d’octobre à mars.

Jardins du MIP, 979 chemin des Gourettes, Mouans-Sartoux. De 9 h à 18 h, du 1er mars au 30 novembre ; fermés le 1er mai. Entrée 4 €, parking gratuit.

Fragonard, Usine historique, 20 boulevard Fragonard. Visite gratuite tous les jours à partir de 9 h ; de mi-novembre à mi-février, fermée de 12 h 30 à 14 h.

Molinard, 60 boulevard Victor Hugo. Visite gratuite de vingt-cinq minutes, départs toutes les vingt minutes de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h ; d’octobre à mars, du lundi au samedi. Atelier à 84 €, sur réservation au +33 4 92 42 33 21.

Galimard, 73 route de Cannes. Visite gratuite tous les jours à partir de 9 h. Studio des Fragrances au 5 route de Pégomas, ateliers à 65 € par adulte, 55 € pour les moins de 15 ans.

Accès : depuis la gare SNCF de Grasse, la navette « Centifolia » et la ligne 5 desservent le centre-ville. En voiture, les parkings du cours Honoré Cresp et de La Foux sont les plus proches du musée.

Horaires et tarifs relevés en octobre 2026, à vérifier avant de partir.

Où dormir : La Vieille Ferme de Grasse accueille ses hôtes à dix minutes des parfumeurs

Sur les hauteurs de Grasse, à une dizaine de minutes en voiture du musée et des trois parfumeries, La Vieille Ferme de Grasse occupe une bâtisse agricole du XVIIIe siècle. Ses trois chambres, de 32 à 39 m², donnent sur un jardin de 5 000 m² planté d’oliviers, d’un tilleul et de marronniers, au fond duquel l’ancien réservoir de la ferme est devenu une piscine elliptique. Formée à l’École de Boulangerie et Pâtisserie de Paris, Priscilla ouvre sa table d’hôtes une à deux fois par semaine, sur réservation et à partir de quatre convives. Le blog de la maison a d’ailleurs raconté l’atelier Apprenti parfumeur de la Fabrique des Fleurs, à huit minutes de là.

D'autres lieux à découvrir sur la Côte d'Azur