journal de côte d'azur

L'île Sainte-Marguerite

Fort Royal et forêt, face à Cannes
L'île Sainte-Marguerite

, , par Riviera Guests

À un quart d’heure de bateau du Vieux-Port de Cannes, l’île Sainte-Marguerite couvre environ 170 hectares, presque entièrement boisés de pins d’Alep et de chênes verts, où ne circule aucune voiture. La plus grande des îles de Lérins doit sa renommée à l’un des prisonniers les plus célèbres de l’histoire, enfermé onze ans dans le Fort Royal qui surplombe la mer face à la ville. Elle se parcourt à pied, du fort à l’étang du Batéguier et jusqu’aux criques de la côte sud, où six visages sculptés reposent sous quelques mètres d’eau.

Le Masque de fer a passé onze ans dans la prison du Fort Royal

Élevé dans les années 1620, tenu par les Espagnols de 1635 à 1637, le fort devient à la fin du XVIIe siècle une prison d’État, où le roi faisait enfermer sans procès ceux qu’il jugeait dangereux. Le plus célèbre y arrive en 1687 avec son geôlier, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, et y reste jusqu’en 1698, avant de finir ses jours à la Bastille en 1703. Personne ne devait voir son visage, et son identité demeure inconnue : plusieurs dizaines d’hypothèses ont été avancées, du frère jumeau de Louis XIV, aujourd’hui jugé farfelu, à un certain Eustache Dauger, sur qui se concentrent les recherches actuelles.

Sa cellule voûtée se visite toujours. Il n’en sortait qu’une fois par jour, pour la messe dite devant un autel dressé dans le couloir, et sa prison passait pour confortable, avec des tapisseries aux murs et un feu entretenu dans la cheminée. D’autres cellules abritent depuis 1950 le mémorial des six pasteurs protestants emprisonnés après la révocation de l’édit de Nantes.

La cellule du Masque de fer au Fort Royal, avec sa cheminée et sa fenêtre grillagée
La cellule du Masque de fer. Photo : Tangopaso, domaine public, via Wikimedia Commons

Le musée de la Mer est devenu le musée du Masque de fer et du Fort Royal

Ouvert en 1978 pour présenter le produit des fouilles, le musée de la Mer a pris depuis le nom de musée du Masque de fer et du Fort Royal, sans abandonner l’archéologie. Ses citernes romaines exposent les cargaisons de deux épaves trouvées au large de l’île : un navire romain qui sombra vers 15 à 10 avant notre ère près de l’îlot de la Tradelière, chargé de vin des îles grecques de Chio et de Cos, de dattes et de milliers de noisettes, et un bateau sarrasin du Xe siècle, dont la cargaison comptait un remplisseur de lampe en forme de dromadaire. Du 28 novembre 2026 au 30 mai 2027, l’exposition « Les oubliés du Fort Royal » raconte les civils étrangers internés sur l’île pendant la Première Guerre mondiale.

Une forêt domaniale de 152 hectares couvre presque toute l’île

Classée depuis 2006 en réserve biologique dirigée, la forêt est parcourue par plus de vingt kilomètres d’allées, dont l’allée des Eucalyptus, plantée au XIXe siècle, tandis que le chemin de ceinture fait le tour de l’île en huit kilomètres. L’île compte 133 espèces d’oiseaux, et l’étang salé du Batéguier, à l’ouest, attire des migrateurs que des observatoires permettent d’approcher ; les sternes pierregarins sont revenues nicher sur son îlot après des travaux de l’Office national des forêts. La forêt abrite aussi un hôte plus discret, un champignon découvert en 2007 sur le bois de l’île et nommé en son honneur Phlebia margaritae. L’application « Cannes Lérins & moi », de l’ONF et de la Ville, guide une balade d’une heure autour de l’étang.

L'étang du Batéguier et son îlot où se posent les oiseaux, bordé de pins
L’étang du Batéguier. Photo : Jarek Prokop, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Les statues sous-marines reposent au large de la maison forestière

La côte alterne rochers et petites plages de galets, où des chaussures d’eau rendent service. La plage Sainte-Anne s’ouvre la première à gauche du débarcadère, et l’allée du Dragon conduit, à l’ouest, aux criques du Dragon, ombragées de pins. Sur la côte sud, la plage de la Maison forestière, la plus grande de l’île, descend en pente douce, ce qui permet aux plus jeunes d’entrer dans l’eau pas à pas.

C’est à l’aplomb du chemin de la maison forestière, entre 84 et 132 mètres du rivage et par trois à cinq mètres de fond, que reposent depuis 2021 les six statues de l’écomusée sous-marin de l’artiste britannique Jason deCaires Taylor. Hautes d’environ deux mètres, elles reproduisent des visages de Cannois volontaires et se laissent observer avec un masque et un tuba, sans les toucher, car les algues qui les recouvrent en font peu à peu un abri pour la faune marine. Le débarcadère est à vingt minutes de marche.

Une crique de l'île Sainte-Marguerite sous une falaise couronnée de pins
Une crique de l’île. Photo : Alexkom000, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

L’île interdit le feu et ne compte aucune poubelle

Couverte de résineux et fréquentée en été par trois à cinq mille visiteurs par jour, l’île interdit tout apport de feu, la cigarette comprise, et le pique-nique se prend sans barbecue, sur les tables dispersées sous les pins. Les poubelles ont été retirées : chacun rapporte ses déchets sur le continent. Les chiens sont admis en laisse, mais le camping comme le naturisme sont interdits, et drones, vélos et trottinettes restent à quai. Deux kiosques proches du débarcadère vendent sandwichs et glaces.

Trois compagnies relient Cannes à l’île en un quart d’heure

Trans Côte d’Azur, Riviera Lines et Horizon assurent la traversée tous les jours de l’année depuis le Vieux-Port, quai Laubeuf. Aucune navette ne relie directement Sainte-Marguerite à Saint-Honorat, l’île voisine des moines de Lérins : il faut repasser par Cannes. L’aller-retour coûte 19 € pour un adulte, 13,50 € de 5 à 12 ans et 17,50 € de 13 à 25 ans ou après 65 ans ; il est gratuit pour les tout-petits. Les bateaux partent à peu près toutes les heures à partir de 9 h, et dès 7 h 30 chez Trans Côte d’Azur et Riviera Lines, sauf le dimanche de novembre à mars. Le dernier retour quitte l’île à 17 h chez Horizon et Riviera Lines, alors que Trans Côte d’Azur affiche des retours jusqu’à 18 h 30. Un bateau manqué se rattrape avec Taxi de Mer (+33 6 11 50 77 53, de mars à fin octobre), plus cher.

Informations pratiques

Stationnement : le parking Laubeuf est fermé ; les plus proches sont ceux de Pantiero, de Suquet-Forville et du Palais des festivals.

Musée du Masque de fer et du Fort Royal : d’octobre à mars, du mardi au dimanche de 10 h 30 à 16 h 45, fermé de 13 h 15 à 14 h 15 ; en avril et mai, jusqu’à 17 h 45 ; de juin à septembre, tous les jours de 10 h à 17 h 45. Dernière entrée trente minutes avant la fermeture. Entrée 6,50 €, 3,50 € de 18 à 25 ans, gratuite pour les moins de 18 ans, les étudiants, et pour tous le premier dimanche du mois de novembre à mars ; le lundi, d’octobre à mai, seul le fort se visite, pour 3,50 €. Animaux, poussettes et accessoires de plage ne sont pas admis. Tél. 04 89 82 26 26.

Dormir sur l’île : Sainte-Marguerite ne compte aucun hôtel. Son seul hébergement, le Centre international de séjour que Cannes Jeunesse gère dans les casernes du fort, offre environ 240 lits en dortoirs, surtout aux groupes mais aussi aux familles et aux particuliers, en particulier le week-end, du 2 mars au 1er novembre 2026 (+33 4 97 06 27 20).

Horaires et tarifs relevés en octobre 2026, à vérifier avant de partir.

Où dormir : la Villa du Roc Fleuri accueille ses hôtes à moins de vingt minutes à pied du quai des îles

À 980 mètres du Palais des Festivals, la Villa du Roc Fleuri compte cinq chambres et suites que Fanny et Max ont meublées en grande partie de leurs mains, jusqu’aux luminaires sortis de l’atelier de Fanny. Le matin, Fanny sert un petit-déjeuner fait maison sur la terrasse ou sous la verrière, où la table d’hôtes réunit le soir les convives autour de spécialités niçoises et provençales. Le quai Laubeuf n’est qu’à 1,3 km de la maison : le premier bateau pour Sainte-Marguerite se prend à pied, sans chercher de place près d’un port dont le parking est fermé.

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